Culture
Histoire du PPA

Le P.P.A (Plongée Pays d'Aix) a 38 ans.

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Retrouvez ci-dessous les moments qui ont marqué l'histoire du PPA.

 
Plongée : l'âge de pierre

Des histoires de la plongée, il y en a déjà quelques unes en ligne. L’idée a été de trouver les textes anciens relatant des faits ayant trait à la plongée. Grâce à la progressive numérisation des fonds (Gallica à la BNF ou Livres de Google), ces textes ne nécessitent plus de prêts interbibliothèques, et l’espace d’un week-end, on recueille davantage d’information qu’autrefois en 6 mois.

De la nécessité d’aller sous l’eau

En plongeant avec un certain délice dans ces textes anciens, je découvre que la plongée est liée essentiellement à la nécessité économique.

  • Le corail
On plonge pour chercher du corail. Le commerce du corail nous est décrit par Pline l’ancien comme étant très développé.
Les grands importateurs de corail sont les Gaulois, qui en ornent leurs boucliers, casques, et épées. L’autre grand débouché du corail est l’Inde. Les Indiens semblent être aussi friands du corail que les Romaines des perles.
  • Les Perles

Prisées des belles romaines, elles sont importées de l’Inde. Je suis très étonné de voir qu’il existe un commerce aussi régulier entre l’Inde et le bassin méditerranéen.

  • Les éponges

Utilisées dans la pharmacopée traditionnelle comme compresse, pessaire contraceptif, tétine ou remède, mais aussi pour boire (La Sainte-Eponge), se laver, etc… les éponges sont l’objet d’un commerce qui fait appel à la plongée ou à la pèche au trident.

Enfin, l’activité maritime humaine amène aussi à plonger : On plonge pour récupérer les marchandises après une fortune de mer.  Dès lors qu’un objet a été placé sur un bateau, il a fallu plonger pour aller le rechercher lorsqu’il en tombait.

 

L’âge de pierre  ou l’objet du scandale !

Thumbnail image En 1913, le navire « Regina Margherita » perd son ancre à la profondeur de 77m près de l’ile de Scarpanto dans la mer Egée. Ici entre en scène un plongeur d’éponge de 35 ans, du nom de Georgios Haggi Statti, qui va recupérer l’ancre, avec sa technique de plongée traditionnelle, une pierre de 14,5 kg reliée à la surface par un bout. Cette pierre s’appelle la « Skandalopetra » le rocher qui fait chuter, tomber. (Eh oui, le scandale c’est ce qui fait chuter !!!)

Georgios Haggi Statti et son « objet de scandale » ont été étudiés par les médecins lors de cet exploit.

 

Cet évènement a donné naissance récemment à une compétition d’apnée utilisant cette technique de la skandalopetra.

Enfin, Georgios Haggi Statti nous a permis aussi d’avoir un témoignage proche de la plongée traditionnelle telle qu’elle est décrite depuis l’antiquité jusqu'au XVIIIème siècle.

En effet, quelque soit l’origine du récit, Indes, Levant, Grèce, la plongée s’effectue toujours à l’aide d’une pierre très dense (Granit ou marbre) : Le plongeur s’attachait à la pierre de façon diverses : Par les orteils passés dans une boucle, par une croix sur laquelle est attachée la pierre ou la pierre à la main. Les techniques utilisent 1 ou 2 bouts, mais toujours le plongeur est remonté à la surface par ses compagnons.

Sur les côtes de Ceylan, au début du XVIIIème siècle, une part du revenu de la compagnie des Indes, provient de la taxe sur les pierres des pécheurs de perle : (Jusqu’à 450 barques)

7 Rixdales par pierre pour ceux qui font profession de la religion romaine,  9,5 pour les païens et 12 pour les Maures & les Mahométans. Les modalités de ces taxes avaient été mises en oeuvre par les portugais (entre 1505 et 1656), puis conservés par la compagnie des Indes.

Puisque nous abordons l’aspect commercial, les éponges sont lavées dans du sable très fin, qui se mélange intimement à l’éponge pour lui ajouter un peu de poids pour la revente...

Dans la plongée perlière vient s’ajouter un personnage : Le charmeur de requins, censé éloigner les requins lors de la récolte.

 

Polémiques et controverses :

J’ai trouvé fréquemment des allusions au fait qu’Alexandre le Grand aurait plongé dans une cloche baptisée Colympha.

J’ai donc cherché les sources : St-Jérome par-ci, Aristote dans les « Problèmes » par là. En fait, je n’ai trouvé aucun texte, sauf dans le roman d’Alexandre, une œuvre romanesque et polymorphe déclinant entre le Vème et le XIIème siècle la vie de l’Empereur Alexandre.

Or, dans une des versions, le chapitre où il descend dans sous la mer dans une cloche est précédé par un voyage dans les airs, sa nacelle étant transporté par des griffons.

Si quelqu’un possède des références « moins apocryphes » sur la source, j’en serais ravi !

Illustrations médiévales de la cloche d'Alexandre le Grand, tirées de l'expo "LA MER", fruit d'une collaboration entre la ville de Brest et la BNF (Bibliothèque Nationale de France)

Thumbnail imageCloche d'AlexandreThumbnail image

 

Urinatores, Utricularii et autres nageurs

J’ai lu de-ci, delà que les « urinatores » étaient ainsi nommés car ils nageaient en respirant dans des urnes immergées. Notre cher Félix Gaffiot (qui laissa son nom à un dictionnaire et à un institut de latin à Besançon dont je fus un médiocre élève) mentionne seulement « plongeur ».

En dehors d’une éventuelle cloche à plongée, tout dispositif respiratoire me parait un peu aventureux. Ceux qui nous ont laissé des traces écrites n’ont pas toujours été des témoins directs, et les illustrateurs encore moins : Tout cela pour en venir au bas-relief représentant des plongeurs avec une outre reliée à leur bouche.

Une outre remplie d’air flotte. Une outre lestée doit être à peu près incontrôlable sous l’eau et pour un volume d’air somme toute modeste. Je pense donc, s’il ne s’agit pas de représentation fantaisiste, plutôt d’un système de flottaison, comme la bouée de nos apnéistes modernes ce qui nous conduit aux utricularii. (Les « utriculaires»).

On s’aperçoit qu’ainsi que les plongeurs (urinatores), les Utriculaires sont des corps constitués de la vie romaine.

Le rôle des utriculaires est assez méconnu, mais leur implantation et leur association fréquente aux plongeurs me fait songer au…zodiac ! Implantés en Arles, dans la vallée de la Durance, un transport par radeau gonflable ne me semble pas déraisonnable. C’est sujet à controverse mais c’est une hypothèse qui me semble assez étayée.

 

Les textes  rapportent souvent que les plongeurs emportent dans leur bouche une petite éponge gorgée d’huile, ou bien qu’ils prennent de l’huile dans leur bouche.

Tous les commentaires s’orientent vers une technique pour tenir plus longtemps sous l’eau, mais il règne un certain scepticisme chez ces observateurs plus ou moins directs.

En lisant un article sur la chasse de l’éponge au trident, je lis alors que les chasseurs mettaient une petite quantité d’huile à la surface pour observer le fond : l’aquascope à huile.

 

Et là me vient une idée : La description de l’éponge imbibée d’huile dans la bouche du plongeur : L’huile – moins dense que l’eau -  ne pourrait-elle pas servir à recréer une lentille plus ou moins éphémère de 200 dioptries, pour voir sous l’eau (à la manière des lentilles Apnea créées par Otticha Rocchi). Je propose donc de tenter l’expérience pour voir si cette piste est envisageable. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des résultats de l’expérience (si j’en réchappe comme ne manquent pas de le dire déjà quelques mauvaises langues)

 

Enfin, si notre bon Georgios Haggi Statti s’est fait détrôné en profondeur, Hérodote rapporte que Scyllias le Macédonien rendit son nom célèbre sous le règne de d’Artaxerxes Memnon en faisant sous la mer un trajet de huit stades pour annoncer aux Grecs le naufrage de leurs vaisseaux.

Sachant qu’un stade vaut selon les sources entre 157m et 200m, notre bonhomme aurait parcouru une distance entre 1256m et 1600m soit environ 6 fois plus que le record d’apnée dynamique d’aujourd’hui.

Me viennent alors les réflexions suivantes :

  1. Scyllias avait-il un tuba ?
  2. Si l’exagération que l’on prête aux Marseillais était lié aux racines grecques de la cité, notre Hérodote – tout grec qu’il est, ne serait-il pas entrain de nous embarquer ? Et sur ce modèle-là, si on extrapole un peu, le marathon devrait-il faire réellement 42km 195 ?

 

Le prochain épisode traitera des « Hommes barques ». A suivre…